Bon bah j'ai du boulot mais c'est pas grave (j'ai vraiment pas envie de le faire ce foutu dossier sur l'Oulipo chez Anne Garréta mais bon

), je continue ma "putain d'analyse" (

merci mais je n'ai fait, à dire vrai qu'une analyse de surface...) :
Sur la looooooonnnnnnnngue interlude qui sépare les deux "couplets" je propose cela : comme la petite est hypnotisée par la découverte affreuse qu'elle vient de faire (l'assimilation des deux tubes digestifs) elle se laisse tomber dans l'étang de pierre sans pouvoir résister à l'attrait du vide (là, à nouveau nous avons le symbole du tube). Voilà pourquoi le bridge est aussi long : la lente chute de la gamine dans l'eau, suivi du long état k.o puis le réveil progressif, la distinction peu à peu de la lumière, puis son émerveillement...
Retour aux paroles :
"Nébuleux voyage" : "nébuleux" a ici deux sens, "nébuleux" dans le sens "comateux" (dans le roman elle se cogne la tête au fond de l'étang quand elle tombe, elle est donc un peu k.o quoi ^^) et "nébuleux" dans la qualification de l'eau - comme elle ne voit ni ne perçoit plus très bien, elle met du temps à se rendre compte de l'état de la matière dans laquelle elle a plongé. "Voyage" : bah pareil, la lente progression (dont je parlais pour l'interlude) qui va peu à peu déboucher sur le réveil... "Voyage" on peut l'interpréter de deux façons je crois : soit un voyage vers l'émerveillement (la lumière), soit un voyage vers la mort (elle se noit).
"Je berce mon naufrage" : "bercer" à nouveau rappelle son âge puis aussi, l'eau symbole inscrit dans notre inconscient de la mère, donc elle replonge dans son élément natal. A noter qu'en japonais, le prénom Amélie contient le caractère de la pluie (et de plus l'eau est un élément fondamental de son oeuvre). "Naufrage" renforce l'évocation de l'eau + noyade + en plus c'est son corps qui chute, elle est dépossédée de lui, il ne lui appartient plus, il peut donc être considéré comme un objet, un moyen de transport, un bateau puisque nous sommes sur l'eau. D'où "naufrage". Après réflexion, le sujet réfléchit renforce l'idée de réification du corps ; et rappelle également le fait que le prénom Amélie contient un élément d'eau en japonais. Elle tombe donc dans elle-même... Je pourrais pousser encore plus loin l'analyse (y a plein de trucs qui me viennent là tout à coup) mais je manque de temps et puis, j'ai la flemme

"Ce souffle froid" : souffle de la mort
"anorexique" : cf. "sans matières qui sommeillent" : renforcement de l'idée comme quoi elle revient à l'état du début du roman
"ravive ma peur" : on sent là alors que la narratrice va pencher vers la vie (verbe d'action + sentiment tout à fait vivant) ... tout de suite l'appel à la mort renchérit avec
"ma puanteur boulimique" puanteur = décomposition, en même temps évocation du dégoût de soi-même, de son propre corps que l'on considère comme un objet, de ce tube digestif semblable à celui de ces bestioles qu'on exècre... "Boulimique" abonde dans ce sens car il est le contraire de "anorexique" (j'me suis foulée grave là ^^) c'est-à-dire, du point de vue de la narratrice il fait le contraire de ce qui éloigne de l'assimilation au corps : remplir l'intestin, cette "déglutition à vide" qui fait s'assimiler l'enfant aux carpes.... Nous avons donc un paradoxe : l'anorexie serait la
vie rêvée, s'éloigner des carpes, tandis que la boulimie serait la
mort cauchemardée, remplir son corps de nourriture, devenir animale (je pousse un peu mais le mot "animal" vient du latin "anima" qui signifie "âme"... ) [Et le plus inquiétant, le plus dérangeant dans tout cela, c'est qu'Amélie a effectivement été anorexique durant son adolescence pour, je crois, résister à son propre corps. On aurait donc l'explication, encore plus ancienne que celle du viol (expliqué dans BDLF) : anorexique parce qu'elle aurait refusé de s'assimiler aux carpes (qui aujourd'hui encore la font vomir...) Bah dites donc, elle m'en a fait découvrir des trucs Candice sur la Mélie!]
"Elle rapporte les tombes" Justification de l'assimilation paradoxale de la boulimie à la mort (le "elle" est le pronom de rappel pour "boulimie"). Notion de répétition avec le verbe "
rapporter" : je coinçais un peu tant que je me disais que c'était une action déjà effectuée mais en fait non, je penche plutôt pour le fait que la boulimie serait allée dans la mort (pour pousser très très très loin bah cf. mythologie avec la descente aux enfers d'Orphée - je cite Orphée parce qu'Orphée a été analysé comme mythe inconscient dans l'oeuvre nothombienne - mais bon je l'ai dit, je pousse trèèèèèèèèès loin ^^) et serait revenue pour embarquer la gamine avec elle. "Les tombes" : mort naturellement, on pourrait aussi penser "corps enterré sous la surface" et justement, à défaut d'être sous la surface terrestre, le corps de l'enfant est sous une surface aquatique...
"Les mouches espionnent, abrègent" : "les mouches" => "puanteur" ; "espionnent" : attendent l'instant où elle va mourir pour emporter le corps et s'en nourrir (on pourrait aussi penser aux carpes qui observent la scène sans broncher (ouah, ça parle pas une carpe trop fort^^) dans le roman ; rappel aussi de "l'insecte qui m'appelle" : le corps devient insecte et donc insensible, et donc mort, et donc putréfié, et donc fait partie des mouches.... "Abrègent" : j'ai un peu de mal à analyser là mais je pencherais pour le vol relativement court de la mouche ; se pose lentement et patiemment en attendant que le corps soit lesté de l'âme... A dire vrai je coince un peu là, si quelqu'un a une meilleure suggestion...
"Ce lent parcours en silence escortant le temps" : la lente descente aux enfers, ou au contraire le lent retour à la vie
"mon compte à rebours" rappel clair de la situation narrative, régressive du roman : passage du "je" au "il", de la conscience à l'inconscience"
"je suis malade" : dégoût, elle va vomir, elle est tout près du retour à la vie
"à ton image l'eau sèche incommuable" : l'eau stagnante de l'étang, "à ton image" bah rappel du prénom, "sèche" l'eau des intestins aspirée par le corps
"je suis malade comme toutes ces femmes" : l'eau symbole de la mère donc, de la fécondité, on pourrait aussi penser à une évocation des anorexiques qui se font vomir....
Et là :
"femmes opaques
femmes barbares
ma génuflexion, l'extrême perfection
etc." -> J'AVOUE QUE JE PLANTE GRAVE!!!! ça va peut-être venir après mais pour l'instant, je n'arrive pas à comprendre le rapport entre le tout dernier "couplet" et le reste du texte...
Voili voilou