Les fans de Satan suscitent l'inquiétude
Incarnation de ce phénomène de mode, le chanteur Marilyn Manson, à la frontière entre le gothique et le satanisme.Reuters
Mode folklorique, phénomène religieux ou dangereux fanatisme ? Les satanistes font peur. Président de la mission anti-sectes (Miviludes), Jean-Michel Roulet pense, en tout cas, qu'il faut être vigilant.
S'habiller de noir, arborer des croix, des piercings, aimer la musique metal, n'est-ce pas surtout une mode ?
Il y a un phénomène de mode incontestable et rien de particulièrement dangereux à écouter certaines musiques gothic et metal, à porter certains habits et à s'afficher fan de Satan. Mais cet imaginaire sataniste est une porte d'entrée vers des groupes aux leaders charismatiques et violents, prêts à profaner des cimetières, brûler des églises, qui professent la scarification, le viol et le suicide. Face à ces dérives, l'État ne peut pas rester indifférent.
En fait, Satan s'est banalisé.
Il ne fait plus peur. Il appartient à l'Histoire. À celle de la fin du Moyen-âge quand l'Europe est saisie de grandes peurs : la peste, les invasions. Satan personnifie alors l'esprit du mal. On brûle les hérétiques et les sorcières. Au XVIIIe siècle, en revanche, une certaine élite commence à pratiquer le satanisme comme voie d'opposition au pouvoir absolu du roi. Satan devient symbole de liberté.
À l'époque du romantisme, il est tout à fait fréquentable : c'est Méphistophélès, c'est Faust. Puis il resurgit d'abord aux USA, dans les années 1960. Anton LaVey crée l'église sataniste. Un dissident en crée une autre. Les Rolling Stones chantent leur sympathie pour le diable. Satan a du succès au cinéma, et maintenant, avec Internet, il est partout.
Qui sont les fans de Satan ?
Vous avez d'abord des fondamentalistes. Ils connaissent parfaitement la « théologie » du satanisme, son histoire, ses rituels. Ils ne sont pas forcément dangereux. Il y a des sympathisants, très peu pratiquants. Et puis une foule de jeunes gens qui vivent dans l'univers satanique, sans ne rien en connaître. Qui ne distinguent pas le virtuel du réel, quand ils visionnent sur Internet messes noires ou messes rouges. C'est dans ce vivier que puisent les groupes sectaires.
Les délits commis sont peu nombreux.
Ils restent rares. Mais nous n'avons pas les moyens de mesurer ce qui se passe. Les enquêteurs n'ont pas toujours à l'esprit ce risque de dérives sataniques quand ils examinent des cas de suicide chez des ados. Mal de vivre, spleen, dépit amoureux ? Comment imaginer que, conditionnés après certains rituels, ils ont voulu rejoindre les forces des ténèbres ? Quelques dizaines de cas sont recensés chaque année. Il y en a certainement plus. Il faut renouer le dialogue, offrir des repères, fixer des limites à ne pas dépasser, sous peine de les laisser basculer dans ce nouvel obscurantisme.
Quels sont les liens entre groupes satanistes et néonazis ?
Ils adorent les mêmes symboles. Le Vvastika (la croix gammée), le chiffre 8, à la fois symbole de l'infini, quand il est couché, et date de naissance d'Hitler. Certains adeptes du Hard Metal adorent les tuniques nazies. Entre les groupes satanistes et néonazis, il peut y avoir fusion, d'autant plus que les néonazis offrent aux satanistes des gens prêts à passer à l'acte. C'est pourquoi, après une profanation de cimetière, le travail des enquêteurs n'est pas simple. Les croix tracées sur les tombes signent-elles un acte antisémite ou satanique ? Ces groupes cherchent, en réalité, à noyer le poisson.
Recueilli par
Bernard LE SOLLEU.
·Le satanisme, un risque de dérive sectaire, (La Documentation française, 104 pages, 7 €). L'ouvrage de la Miviludes donne des conseils et des informations pratiques aux parents, enseignants, éducateurs, associations inquiets face à des adolescents fascinés par la mouvance sataniste.
source :
http://www.ouest-france.fr/ofinfosgene.asp...our=1&PageTot=3